Pour nombre d’entre nous, les congés payés évoquent des moments de détente, des vacances bien méritées après des mois de dur labeur. Toutefois, derrière cette pause estivale ou hivernale, se cachent une histoire riche et une mécanique bien huilée. Ces jours de repos, fruit de revendications majeures, ne sont pas simplement des dates marquées au calendrier, mais représentent un tournant fondamental dans les droits des salariés en France.
Mais comment ces congés sont-ils calculés ? Quelle est leur origine et comment ont-ils évolué ? Et surtout, face aux défis socio-économiques actuels, comment ces précieux jours de repos s’adaptent-ils à notre monde du travail en constante mutation ?
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Les congés payés : des origines à nos jours
Les congés payés représentent l’une des avancées les plus significatives dans le paysage des droits des travailleurs en France. Leur genèse et leur définition sont ancrées dans le Code du travail et dans l’histoire du mouvement ouvrier français.
Qu’est-ce qu’un congé payé ?
Un congé payé est un droit accordé à tout salarié de s’absenter de son poste pendant une durée déterminée tout en continuant à percevoir sa rémunération. Ce droit s’acquiert progressivement : l’article L3141-3 du Code du travail prévoit 2,5 jours ouvrables par mois de travail effectif, soit 30 jours ouvrables (5 semaines) pour une année complète. Il s’applique quel que soit le type de contrat : CDI, CDD, intérim ou alternance, et dès le premier mois d’embauche. Les conventions collectives ou accords d’entreprise peuvent prévoir des durées plus favorables, mais jamais inférieures au minimum légal.
Historique et contexte des congés payés
Les congés payés tels que nous les connaissons aujourd’hui trouvent leurs racines dans le mouvement social du Front populaire en 1936. Les accords de Matignon ont alors scellé la naissance de ce droit avec l’instauration de deux semaines de vacances rémunérées. Cette décision, historique à l’époque, est venue améliorer de manière significative les conditions de vie et de travail des salariés français.
La loi du 3 juin 1936 a marqué le début, mais depuis, le nombre de jours de congés payés s’est accru. En 1982, une nouvelle loi a porté cette durée à cinq semaines par an.
L’importance des congés payés pour les salariés et les employeurs
Au-delà d’une simple période de repos, les congés payés jouent un rôle primordial dans le bien-être des travailleurs. En s’accordant du temps loin des contraintes professionnelles, les salariés peuvent prévenir les risques de burn-out, favoriser leur santé mentale et ainsi, être plus productifs et créatifs à leur retour.
De leur côté, les employeurs y trouvent aussi leur compte. L’article L3141-1 du Code du travail souligne l’importance des congés pour le repos et les loisirs des salariés. En veillant au bien-être de leurs équipes, les entreprises s’assurent une meilleure performance globale et une fidélité accrue de leurs collaborateurs.
Nouvelle loi sur les congés payés : ce qui change depuis avril 2024
La loi n°2024-364 du 22 avril 2024, dite loi DDADUE, a profondément remanié les règles d’acquisition des congés payés en cas d’arrêt maladie. Jusqu’alors, un salarié en arrêt pour maladie non professionnelle n’acquérait aucun jour de congé. C’est terminé.
Arrêt maladie non professionnel : 2 jours par mois au lieu de zéro
Depuis le 24 avril 2024, toute période d’arrêt de travail pour maladie ou accident non professionnel est assimilée à du temps de travail effectif. Le salarié acquiert désormais 2 jours ouvrables de congés par mois d’absence, dans la limite de 24 jours ouvrables par période de référence (article L.3141-5-1 du Code du travail).
Pour les arrêts liés à un accident du travail ou une maladie professionnelle, l’acquisition reste à 2,5 jours ouvrables par mois, sans limitation de durée, soit le régime de droit commun.
Exemple chiffré
Un salarié absent 2 mois pour maladie non professionnelle (août et septembre 2024) acquiert sur la période de référence du 1er juin 2024 au 31 mai 2025 :
- Juin-juillet 2024 (travail effectif) : 2 × 2,5 = 5 jours
- Août-septembre 2024 (arrêt maladie) : 2 × 2 = 4 jours
- Octobre 2024 – mai 2025 (travail effectif) : 8 × 2,5 = 20 jours
- Total : 29 jours ouvrables (au lieu de 25 avant la réforme)
Report des congés non pris : un délai de 15 mois
Lorsqu’un salarié n’a pas pu prendre ses congés à cause de son arrêt, la loi lui ouvre une période de report de 15 mois. Le point de départ de ce délai dépend d’une condition : l’employeur doit informer le salarié, dans le mois suivant sa reprise, du nombre de jours restants et de la date limite pour les poser. Tant que cette information n’est pas délivrée, le délai de 15 mois ne commence pas à courir.
Pour les arrêts de longue durée (supérieurs à un an), le report de 15 mois débute à la fin de la période d’acquisition en cours, même si le salarié n’a pas encore repris le travail. Les congés non utilisés à l’expiration de ce délai sont définitivement perdus.
Rétroactivité et délais pour agir
La loi s’applique rétroactivement aux arrêts maladie survenus depuis le 1er décembre 2009. Un salarié encore en poste dispose d’un délai de 2 ans (soit jusqu’au 24 avril 2026) pour réclamer les jours de congés acquis au titre d’arrêts antérieurs. Pour les salariés ayant quitté l’entreprise avant le 24 avril 2024, c’est la prescription triennale classique qui s’applique, à compter de la fin du contrat de travail.
Obligation d’information de l’employeur
L’employeur doit communiquer au salarié, dans le mois suivant la reprise du travail, par tout moyen conférant date certaine (courrier, mention sur le bulletin de paie après la visite de reprise, etc.) :
- Nombre de jours de congés payés dont il dispose.
- Date limite pour les prendre.
Ce devoir d’information conditionne directement le déclenchement du délai de report de 15 mois. Son non-respect expose l’employeur à un cumul indéfini de jours reportables. Centraliser le suivi des retours de congé maladie et l’envoi des notifications dans un outil de gestion des équipes réduit ce risque de non-conformité.
Calcul de l’indemnité de congés payés après un arrêt maladie
Le mode de calcul de l’indemnité est également adapté. Dans la méthode du 1/10e, la rémunération perçue pendant l’arrêt de travail non professionnel est prise en compte à hauteur de 80 %. Comme auparavant, l’employeur compare ce résultat avec la méthode du maintien de salaire et verse le montant le plus favorable au salarié.
Modalités d’acquisition et de calcul des congés payés
Comprendre le mécanisme des congés payés est essentiel pour tout salarié, mais également pour les employeurs. Les droits s’acquièrent sur une période de référence qui court, sauf accord contraire, du 1er juin de l’année N au 31 mai de l’année N+1. Derrière cette appellation se cache une série de modalités, de calculs et de spécificités propres à chaque statut professionnel.
Le processus d’acquisition : une journée de congé pour 10 jours travaillés
Selon l’article L3141-3 du Code du travail, un salarié acquiert 2,5 jours ouvrables de congé payé pour chaque mois de travail effectif chez le même employeur, quelle que soit la nature de son contrat. Cela représente 30 jours ouvrables par an, soit 5 semaines. Attention à ne pas confondre jours ouvrables (tous les jours sauf dimanche et jours fériés, soit 6 par semaine) et jours ouvrés (les jours effectivement travaillés, généralement 5 par semaine) : certaines entreprises décomptent en jours ouvrés (25 jours/an), ce qui est autorisé à condition de ne jamais être moins favorable au salarié.
👉 Découvrez notre article sur les différences entre les congés payés et les RTT.
Le Code du travail, dans son article L3141-5, précise les périodes prises en compte pour l’acquisition des congés.
Auparavant, seuls certains types d’absences, comme les congés maternité, paternité ou les accidents du travail, étaient assimilés à des périodes travaillées. Mais depuis la décision de la Cour de cassation du 13 septembre 2023, toutes les périodes d’arrêt maladie doivent être prises en compte pour le décompte des droits, et ce même si ces absences ne sont pas liées à un accident de travail ou à une maladie professionnelle
Les congés payés selon le type de contrat : CDI, CDD et temps partiel
Bien que le principe général d’acquisition des congés soit le même pour tous les salariés, quelques nuances existent selon le type de contrat :
- En CDI : Un salarié en CDI bénéficie des congés payés dès son premier mois d’emploi, avec un cumul de 2,5 jours par mois.
- En CDD : Conformément à l’article L3141-12, un salarié en CDD a droit à une indemnité compensatrice s’il ne peut pas prendre l’intégralité de ses congés avant la fin de son contrat.
- Dans le cadre d’un contrat à temps partiel : Pour les salariés à temps partiel, le nombre de jours de congés est proportionnel au temps travaillé. L’article L3123-17 du Code du travail précise ce calcul en établissant que les droits ne peuvent être inférieurs à ceux d’un salarié à temps plein.
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Les enjeux actuels et les adaptations nécessaires des congés payés
La loi DDADUE d’avril 2024 n’est pas la seule évolution récente. Entre les nouvelles obligations de report, les expérimentations de la semaine de 4 jours et les débats sur les congés illimités, le cadre des congés payés se transforme sous une double pression : la mise en conformité avec le droit européen et l’importation de pratiques venues d’entreprises étrangères.
Les enjeux socio-économiques des congés payés dans le contexte actuel
Pour les employeurs, les réformes récentes créent des obligations concrètes de suivi. Le calcul différencié des droits (2 jours vs 2,5 jours selon l’origine de l’arrêt), la gestion des reports de 15 mois et le devoir d’information post-reprise imposent une mise à jour des outils de gestion RH et des logiciels de paie. Pour les salariés, l’enjeu est de connaître et d’exercer ces droits dans les délais impartis, notamment le délai de forclusion de 2 ans (jusqu’au 24 avril 2026) pour réclamer les congés acquis rétroactivement.
Les exceptions en période de crise : report, fractionnement et compensation
La crise sanitaire de la Covid-19 a mis en évidence la nécessité d’adapter les règles concernant les congés payés. Le report, le fractionnement ou encore la compensation sont des solutions envisagées pour répondre à ces défis inédits. L’adaptation de ces mécanismes nécessite une réflexion globale, afin de préserver à la fois les droits des salariés et la pérennité des entreprises.
La nécessaire adaptation des congés payés à un monde du travail en mutation
Dans un monde du travail en rapide mutation, la France observe avec intérêt les pratiques internationales en matière de congés. Certaines de ces tendances, bien que novatrices, requièrent une adaptation minutieuse à notre contexte socio-économique et légal.
- Les congés illimités, importés des entreprises Tech américaines, séduisent par la flexibilité qu’ils offrent. Imaginez avoir la liberté de prendre des jours de repos selon vos besoins sans être contraint par un quota annuel. Cette approche renforce une culture axée sur le résultat plutôt que sur le temps passé au bureau. Cependant, ce modèle, mal encadré, peut engendrer une sur-responsabilisation des salariés. Au lieu de profiter pleinement de leurs jours de repos, certains peuvent ressentir une pression implicite à ne pas “abuser” de cette liberté. Les alternatives à ce modèle, comme les congés surpayés, montrent qu’il est possible de conjuguer flexibilité et bien-être.
- La semaine de 4 jours est une autre tendance qui mérite notre attention. Réduire le temps de travail sans diminuer le salaire promet un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Plusieurs entreprises qui ont adopté ce modèle rapportent une augmentation de la productivité et une amélioration du bien-être des salariés. Cependant, cette réduction du temps de travail ne peut se faire sans une réorganisation profonde des tâches et des responsabilités. De plus, il faut tenir compte des éventuels impacts sur le chiffre d’affaires et les relations avec les clients ou fournisseurs.
- Enfin, le congé menstruel a été mis en place en Espagne en février 2023 et fera l’objet d’une proposition de loi en France prochainement. En France, certaines collectivités locales et entreprises ont déjà instauré le congé menstruel. Dans le monde, le Japon a été le premier pays à adopter le congé menstruel dès 1947, suivi par d’autres pays tels que l’Indonésie, la Corée du Sud, Taiwan et la Zambie. Les initiatives pour le congé menstruel se multiplient, mais sa mise en place dépend principalement d’accords d’entreprise ou de chartes internes.
Pour conclure
Les congés payés, symbole fort des droits des salariés en France, ont toujours évolué pour répondre aux besoins des travailleurs et aux enjeux socio-économiques. De leur instauration dans les années 1930 à leur adaptation face à la crise sanitaire de la Covid-19, ils reflètent la capacité du droit du travail à s’adapter à un environnement en mutation constante.
Face aux nouvelles formes de travail et aux tendances internationales, la France doit veiller à conjuguer flexibilité et protection des salariés. Qu’il s’agisse des congés illimités, de la semaine de 4 jours ou du congé menstruel, ces innovations sont autant d’opportunités pour repenser l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle tout en préservant le bien-être des travailleurs.
Vos questions fréquentes sur les congés payés
Quelle est la différence entre jours ouvrables et jours ouvrés ?
Les jours ouvrables désignent tous les jours de la semaine sauf le dimanche et les jours fériés, soit 6 jours par semaine. Le droit légal s’exprime en jours ouvrables : 30 jours par an (5 semaines × 6 jours). Les jours ouvrés, eux, correspondent aux jours réellement travaillés dans l’entreprise, généralement 5 par semaine du lundi au vendredi. Certains employeurs décomptent en jours ouvrés (25 jours/an), ce qui est autorisé par accord d’entreprise à condition que ce mode de calcul ne soit jamais moins favorable au salarié. En pratique, une semaine de vacances = 6 jours ouvrables consommés ou 5 jours ouvrés consommés. Le résultat doit être identique.
Comment est calculée l’indemnité de congés payés ?
Deux méthodes coexistent, et l’employeur doit appliquer la plus avantageuse pour le salarié. La méthode du 1/10e consiste à verser un dixième de la rémunération brute totale perçue pendant la période de référence (du 1er juin au 31 mai). La méthode du maintien de salaire garantit au salarié la rémunération qu’il aurait perçue s’il avait travaillé. Depuis la loi du 22 avril 2024, lorsque le salarié a été en arrêt maladie non professionnel, sa rémunération pendant l’arrêt est prise en compte à hauteur de 80 % dans le calcul du 1/10e.
Que deviennent les congés payés non pris en fin de période ?
En principe, les congés non posés avant la fin de la période de prise (généralement le 31 mai) sont perdus. Mais cette règle connaît plusieurs exceptions. Si l’employeur n’a pas mis le salarié en mesure de les prendre, il peut être condamné à les indemniser. Par ailleurs, la loi DDADUE de 2024 prévoit un report automatique de 15 mois pour les salariés empêchés par un arrêt maladie. Enfin, lorsqu’un compte épargne-temps (CET) existe dans l’entreprise, le salarié peut y affecter une partie de ses jours non pris, dans la limite fixée par l’accord collectif.
Mon employeur peut-il m’imposer mes dates de congés payés ?
Oui, dans un cadre précis. L’employeur fixe la période de prise des congés après consultation du CSE et la communique aux salariés au moins deux mois avant son ouverture. Il établit ensuite l’ordre des départs en tenant compte de critères légaux : situation de famille (enfants scolarisés, conjoint travaillant dans la même entreprise), ancienneté, et éventuelle activité chez d’autres employeurs. Une fois les dates fixées, elles ne peuvent être modifiées moins d’un mois avant le départ, sauf circonstances exceptionnelles. Le salarié ne peut pas non plus décider unilatéralement de ses dates : partir sans autorisation constitue une faute pouvant justifier un licenciement.
Que se passe-t-il pour les congés payés en cas de rupture du contrat de travail ?
Quel que soit le mode de rupture, démission, licenciement (y compris pour faute grave), rupture conventionnelle ou fin de CDD, le salarié a droit à une indemnité compensatrice de congés payés correspondant aux jours acquis et non pris. Cette indemnité se calcule selon les mêmes méthodes que l’indemnité de congés classique (1/10e ou maintien de salaire, au plus favorable). Pour les salariés en CDD, l’indemnité compensatrice ne peut être inférieure à 10 % de la rémunération brute totale perçue pendant le contrat. En cas de litige, le salarié dispose d’un délai de prescription de 3 ans à compter de la rupture du contrat pour la réclamer.

